Le mouvement n'est pas démenti par la réforme Fillon de 2003, qui allonge la durée de cotisation nécessaire pour toucher une retraite à taux plein. Résultat, « les réformes de 1993 et 2003 ont eu pour conséquence de diminuer le niveau de vie des retraités dès la liquidation », explique une étude de la Cnav de 2009.
Dans son dernier rapport, paru en janvier 2013, le Conseil d'orientation des retraites (COR) montre ainsi que le taux de remplacement (le rapport entre le montant de la retraite et le salaire de fin de carrière) du régime général a diminué de 49 % à 47 % entre la génération née en 1934 (qui n'a pas été concernée par la réforme de 1993) et celle née huit ans plus tard. Même si, pour cette dernière, une meilleure couverture par les régimes complémentaires a compensé la baisse.
Pour l'heure, les statisticiens ne disposent pas de chiffres fiables sur l'évolution depuis 2008. Mais de toute évidence, le mouvement de grignotage progressif des retraites s'est poursuivi. Et ce n'est qu'un début. « Il faut s’attendre à une baisse de rendement du système par répartition au fil des générations », prévenait le COR en 2011, évoquant une « dégradation déjà programmée ». « Les retraites en niveau absolu pourraient progresser d’environ 50 % d’ici 2050 sous l’effet des gains de productivité », indiquait-il alors. En revanche, le « niveau relatif » des pensions (le rapport entre la pension moyenne des retraités et le revenu d’activité moyen net des actifs), lui, ne devrait cesser de décrocher après 2020.
Autrement dit, le montant des retraites devrait (en moyenne) progresser... mais beaucoup moins que les salaires. D'autant que les plus jeunes sont touchés par un chômage plus important et une entrée plus tardive dans la vie active. La génération née en 1980 (qui a aujourd'hui 33 ans) devra ainsi travailler deux ans de plus pour obtenir le même taux de remplacement que celle née en 1960 :
Les estimations les plus récentes du COR, parues fin février,
confirment l'hypothèse. Entre la génération née en 1950 qui a pris (à 60 ans) sa retraite en 2010 et la génération 1990 qui partira à la retraite à 62 ans minimum (voire beaucoup plus
en réalité…), le taux de remplacement diminuerait dans tous les cas dans le privé : de 56 % à 51 % pour un cadre n'ayant pas connu d'interruption ou de chômage, de
75 % à 69 % pour un non-cadre à carrière continue, de 83 % à 82 % pour un non-cadre ayant connu le chômage, et de 74 % à 69 % pour une femme avec deux
enfants. Il resterait quasi stable dans le public.
S'il ne veut pas donner l'impression de matraquer les retraités, et encore moins les futurs retraités alors qu'il a fait de la jeunesse sa priorité, le
gouvernement devra donc manier l'outil désindexation avec la plus grande prudence. « La désindexation des retraites n'est pas tenable sur le long terme avec des retraités dont
le niveau de vie baisse chaque année », estime Gérard Cornilleau. D'autant que les retraités vont aussi être mis à contribution pour financer la future réforme de la
dépendance.
La désindexation pourrait donc ne pas concerner tous les retraités ou n'être que temporaire, le temps de redresser les finances publiques. Ou cumulée à
d'autres mesures comme une éventuelle hausse des cotisations, voire une hausse de la durée de cotisation requise pour obtenir une retraite à taux plein.
Mais là encore, la marge de manœuvre politique est faible : la durée de cotisation requise pour obtenir une retraite à taux plein est déjà de 41,5 ans depuis 2011. Cumulée à l'âge légal à 62 ans, héritage de la réforme Sarkozy de 2010 que l'exécutif ne compte pas remettre en cause, elle fait déjà du régime de retraite français un des plus durs d'Europe.