La justice britannique condamne le travail gratuit et forcé
Deux chômeurs de 24 et 40 ans, contraints d'aller travailler gratuitement pour
mériter le versement de leurs allocations, ont refusé ce chantage et osé porter plainte contre le gouvernement. Le 12 février, ils ont obtenu gain de cause. En France, aucun média n'en a
parlé.
C'est un camouflet pour le gouvernement ultra-conservateur de David Cameron, dont la haine envers ses chômeurs atteint des sommets et où la stigmatisation des "assistés" bat son
plein. Car, outre-Manche et dans le monde anglo-saxon en général, il est commun de confondre allègrement salaire et aide sociale tandis que la notion de "mérite", aussi fallacieuse que chez
nous, est, par contre, nettement plus aiguë...
Ainsi, au Royaume-Uni, pour lutter contre le chômage, on lutte contre les chômeurs et le travail forcé est une tradition. Ce pays en récession, qui affiche
malgré tout un honorable taux de chômage à 7,8% derrière lequel se cachent exploitation, précarité et pauvreté (elle touche plus de 17% de la population, soit près de 11
millions de personnes), symbolise l'extrême dureté d'un capitalisme particulièrement sauvage et inégalitaire.
Le principe du «workfare-to-work» (allocations en échange de travaux), installé depuis la fin des années 1990, a été enrichi par des «back-to-work
schemes» (programmes de réinsertion dans l'emploi) où, pour conserver leur allocation de 65 euros par semaine, les chômeurs sont sommés par les Jobcentre d'effectuer un
"stage" non rémunéré dans des organismes communautaires ou dans les rayons de riches grandes enseignes comme Tesco, Poundland, Argos ou Sainsbury’s, jusqu'à 30 heures par semaine pendant un
mois. A ceux qui refusent, on coupe les vivres pendant 6 mois.
Un programme inefficace, et jugé illégal
Malheureusement, ces jobs ne sont pas pérennisés et le taux de réinsertion dans l'emploi est nul : une récente étude du gouvernement l'a prouvé,
court-termisme, déclassement et absence de volontariat étant le trou noir de ces politiques. Mais le gouvernement persiste et signe au motif de faire comprendre aux chômeurs qu'ils ne
doivent pas «jouer avec le système», dixit le ministre de l'Emploi tout en éludant que ce programme permet en revanche aux employeurs de jouer, eux, avec le système en exploitant à
l'infini une main d'œuvre abondante et gratuite, comme au bon vieux temps de l'esclavage.
Cait Reilly, 24 ans, jeune diplômée universitaire de Birmingham sans emploi (en photo) et Jamieson Wilson, 40 ans, chauffeur poids-lourd au chômage
habitant Nottingham, l'une et l'autre obligés d'aller travailler gratuitement dans un supermarché sous peine de voir leurs allocations suspendues, ont refusé ce chantage, porté plainte et
gagné leur procès contre l'Etat britannique. Après plus d'une année de procédure, la Cour d'appel leur a donné raison, jugeant illégale cette méthode de "réinsertion dans le
travail".
Le ministère de l'Emploi est donc prié de revoir sa copie et de se mettre en conformité avec le droit. En attendant, les chômeurs peuvent dès à présent refuser
ces "stages" sans être sanctionnés, tandis que ceux qui les ont refusés et à qui on a coupé les vivres peuvent réclamer leur dû rétroactivement.
Grâce au courage et à l'entêtement de Cait et Jamieson, coup d'arrêt est porté à cette absurde politique coercitive qui punit et exploite les chômeurs au lieu
de les aider, tandis que rappel au respect des conventions internationales est fait (notamment, la Convention n°105 de l'OIT sur l'abolition du travail forcé et la
Déclaration universelle des Droits de l'Homme). Une excellente nouvelle qui n'a visiblement pas intéressé les médias français, dont le rôle se limite désormais à produire de vastes
écrans de fumée.
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